La dette bleue est-elle soluble dans the euro?

23 April 2022

Dès leurs premiers échanges, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont fait référence aux secousses économiques des deux dernières années, the première en référence au pouvoir d’achat, the second en parlant de choc inconnu depuis cent ans. Corn ils parlient du passé. Or the prochain chef de l’Etat fera face à une situation économique inédite. En trois ans, the shocks of the pandémie et celui causé par the invasion de Ukraine par la Russie, ont fait ressortir de l’histoire les risques de stagflation et d’économie de guerre. Pour les affronter, dans quel état se trouve l’économie française?

En un mot, l’économie réelle, cells de la production, de l’emploi, du revenu et des entreprises va mieux, mais son adossement financier est fragile.

L’emploi, main amélioration structurelle de l’économie française

As ses voisines du sud de l’Europe, France s’est longtemps distinguée par un faible taux d’emploi. Or c’est dans ce domaine que les progrès les plus spectaculaires ont été accomplis, même si beaucoup reste à faire pour attindre les standards des pays nordiques. During the quinquennat d’Emmanuel Macron, l’emploi a augmenté de 3.7%, nettement plus que lors des trois précédents, y compris celui de Jacques Chirac, pourtant le dernier à avoir bénéficié d’une forte conjoncture internationale. Rompant avec une tendance à la baisse depuis 1975, l’emploi industriel s’est même stabilisé, alors qu’il s’était effondré sous les quinquennats de Chirac et Sarkozy.

L’amélioration de l’emploi ne s’est faite ni au dépend du pouvoir d’achat des ménages, en hausse de 6,0% lorsqu’on le mesure par unité de consommation, ni de la profitabilité des sociétés, dont le taux de marge est remonté à 32.5% in moyenne au cours du dernier quinquennat, après 30.8% au cours du précédent. Les progrès sont donc structurels. Il faut y voir l’effet des récentes réformes du marché du travail, mais aussi de celles qui furent engagées sous Sarkozy, et amplifiées sous Hollande en dépit de l’opposition des «frondeurs». Les réformes structurelles ne peuvent être jugées que dans la durée, surtout lorsqu’il s’agit du marché de l’emploi.

L’addiction à la dette, talon d’Achille de l’économie française

Mais, si progrès il y eut, ne s’est-il pas fait au prix d’une forte montée de l’endettement public, dans une ambiance assumée de “quoiqu’il en coûte”? La sombre réalité est que la dette publique a fortement augmenté au cours de chacun des quatre quinquennats de la Ve République. Malgré la crise Covid, ce n’est pas Macron qui aura le plus fait croître: +12,4 points de pourcentage de PIB, contre +22,1 points sous Sarkozy, qui, certes, dut éteindre incendie financier, mais avait pris the parts of the expansion budgétaire dès le début de son mandat. L’augmentation fut plus faible sous Chirac (+6 points) ma le fait même que la dette ait alors augmenté malgré une forte croissance en dit long sur l’addiction à la dette des dirigeants politiques français.

À la fin de 2021, la dette publique brute française, calculée par Insee selon la norma Maastricht, s’élevait à 112.9% du PIB, en nette baisse par rapport au pic du début d’année à 118% grâce à la reprise conjointe de la croissance et de inflation, mais près de 50 points de PIB plus haute qu’au début de 2005, soit pratiquement le double de l’Augmentation dans la zone euro (+26 points). Parmi les pays industrialisés, seuls le Japon (+79 points), l’Espagne (+76 points) et les États-Unis (+55 points) ont fait pire, les données pour ces pays, comme celles qui suivent, venant de la Banque des Règlements Internationaux.

The inquisitive augmentation de la dette des entreprises françaises

Mais dans le cas français, the dynamique de la dette privée est encore plus préoccupante que cells des administrations publiques, ce qu’aucun des deux candidats à la Présidence n’a abordé, ni même mentionné.

La dette des ménages et des entreprises a augmenté de 86 points de PIB depuis 2005, against 33 for the euro zone et une quasi stabilité aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Italie. The plus forte augmentation vient des entreprises (+ 58 points). À 164% du PIB, la dette des entreprises françaises surplombe désormais cells de tous leurs homologues des pays industrialisés, à l’exception de la Suède. Or, à la différence des États, les entreprises sont bien moins outillées pour face une détérioration des conditions de marché. Le pendant du pouvoir régalien d’ugmenter les impôts serait de relever les prix de vente plus que ceux d’achat, ma c’est un luxe dont ne bénéficient pas toutes les entreprises, loin de la. A resserrement des conditions de crédit entrainerait une hausse des taux de defaut, avec cette particularité française que, les entreprises s’endettant beaucoup entre elles, des defauts en chaîne pourraient aggraver the situation.

Tous secteurs confondus, l’endettement public et privé de la France a attiint 361% du PIB en septembre 2021 selon la BIS, an augmentation of 144 points for 2005, and 48 points during Emmanuel Macron’s quinquennat. Parmi les pays industrialisés, seul le Japon est plus endetté, une comparaison qui ne rassure guère. Bien sûr, les menages et les entreprises françaises ont des actifs, immobiliers, financiers, tangibles (machines et équipements) et intangibles (logiciels, brevets, marques) qui viennent contrebalancer leur dette. Mais si les conditions de credit venaient à se dégrader, nombre de ces actifs seraient dévalorisés et les moins liquides seraient de peu d’utilité, alors que la dette et son service resteraient.

Pour résumer, les prochains dirigeants de notre pays trouveront une économie plus compétitive qu’il ya cinq, dix ou quinze ans et capable de créer plus d’emplois, même avec une croissance modeste, à condition que les réformes du marché du travail et de l’environnement des entreprises ne soient pas remises en cause. En revanche, ils trouveront une économie exposée au risque de credit, en raison d’une addiction à l’endettement ancienne, et qui ne s’est pas démentie au cours du dernier quinquennat.

Vouloir à tout prix stimuler le pouvoir d’achat finirait par le réduire

De ce point de vue, le débat politique sur le pouvoir d’achat est contreproductif pour deux raisons. D’abord, il est en grande partie illusoire, ensuite, il relaygue à l’Arrière-plan les risques liés à l’endettement.

Pourquoi est-il delusoire? Les économies européennes sont confrontées à un choc d’offre, the durable réduction des importations de matières premières de Russie et d’Ukraine à laquelle s’ajoute cells de nombreux semi-finis bloqués products in Shanghai. Ces restrictions limitent the production domestique tout en faisant grimper les prix d’exportations, sans que les prix d’exportations ne puissent suivre.

The impact négatif sur le pouvoir d’achat est donc inévitable, et les politiques économiques n’y peuvent pas grand-chose. À court terme, le mieux qu’elles puissent faire est d’arbitrer socialement the impact du choc, en mettant en œuvre, par exemple, des transferts fiscaux temporaires en faveur des plus bas revenus. On the contrary, une politique de stimulation de la demande, que ce soit par une forte augmentation des salaires, des exonérations de cotisations sociales ou des baisses de TVA, ne ferait que prolonger le choc stagflationniste, puisqu’elle reviendrait à stimuler la demande alors que the offers est contrainte. Dans les circonstances présentes, le paradoxe est qu’à vouloir trop relever le pouvoir d’achat, on exacerbe the inflation et, ce faisant, on le fasse baisser après quelques trimestres.

Ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron n’ont évoqué le risque de stagflation – un mot probablement jugé inaudible par les téléspectateurs. Mais de ce point de vue, les mesures temporaires comme le “bouclier tarifaire” proposées par le second, et critiquées par son adversaire pour cette raison, ont justement avantage d’être temporaires, et de ne pas mettre la main et le bras dans l’engrenage de la stagflation.

À moyen-long terme, the parade est de favoriser la substitution d’une offers européenne et nationale à cells, durablement défaillante, de la Russie. De ce point de vue, France aura besoin d’vestissements massifs pour la production d’électricité décarbonée, ce qui ne pourra se faire qu’en utilisant toutes les technologies disponibles, renouvelables et nucléaires. Ostraciser l’une d’enter elles reviendrait à tomber dans le piège du choc d’offre.

Jeter un doute sur la participation de la France à l’Union européenne, c’est take un risque pour les entreprises

Le débat sur la politique européenne between the euroscepticisme de Marine Le Pen, moins rugueux qu’en 2017 sans que sa position de fond n’ait véritablement changé, et l’enthousiasme européen d’Emmanuel Macron a été vif, comme on s’ y attendait. Ce débat crosses the vie politique française depuis soixante ans; il est important et légitime. Mais il a laissé de côté un de ses enjeux les plus importants pour notre pays: toute décision qui risque d’entamer la qualité de crédit de la France pourrait coûter cher aux entreprises, grandes et petites confondues, encore plus qu’à l’État .

The qualité de credit is avant tout une question de confiance des investisseurs, c’est-à-dire des épargnants. Mais dans le cas de la France au sein de la zone euro, cette confiance a un soubassement essentiel: la confiance politique que l’Allemagne a en son partenaire économique et politique le plus important. Without the implicit soutien of l’Allemagne, the qualité de credit de la France serait mise en doute. Lorsqu’on souhaite présider aux destinées d’un pays ou l’endettement public et privé est devenu un sujet majeur, on ne peut se permre d’ignorer cette réalité.

Or c’est bien le cas du program de Marine Le Pen, qui comporte nombre de mesures incompatibles avec les règles institutionnelles de l’Union, comme les propositions de révision de la Constitution ou de sortie du marché de l’électricité européen, ce qu ‘ont bien montré Elie Cohen and Gérard Grunberg dans leur tribune «Le Frexit par la ruse». S’il devait être appliqué tel quel, le program de Marine Le Pen instillerait le doute sur la participation de la France à l’Union Européenne et donc à la zone euro. There is knowledge of the quality of credit of entrepreneurs françaises and risquerait de provoquer une baisse d’activité in les forçant à réduire leur endettement à tout prix et dans l’urgence, a situation que le Japon a bien connue à ses dépens. De la stagflation, l’économie française tomberait dans la stagnation tout court.

À bien y regarder, repeinte en bleu marine, la dette française risque de ne pas être soluble dans the euro.

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