“Non, repousser l’âge de la retraite n’est pas une obligation financière”

FIGAROVOX / TRIBUNE S’il est réélu, le président sortant envisage de repousser progressivement l’âge légal de départ à 65 ans. Cette mesure nie la loi biologique du vieillissement et augmenterait le chômage, selon Laurent Izard, agrégé en économie et gestion.

Laurent Izard is normal and agrégé de l’Université en économie et gestion. Il est l’author de nombreux manuels d’enseignement supérieur en économie et gestion. The a notamment publié A la sueur de ton front (L’Artilleur) in 2021.


Le débat semble clos avant d’avoir réellement commencé: face aux déséquilibres structurels de notre régime de retraite et compte tenu du vieillissement de la population, il serait impératif de repousser à 64 ans ou plus l’âge légal de départ à la retraite. On nous explique qu’il n’existe pas de solution alternative, et que nous sommes en retrait sur ce sujet par rapport à nos voisins: En Allemagne, on travaille jusqu’à 65 ans et 8 mois (pour les assurés nés en 1954) . On part à la retraite à 67 ans en Italie, à 65 ans en Espagne, et à 66 ans au Royaume-Uni …

Mais l’on «oublie» souvent de préciser qu’en Chine l’âge légal (et obligatoire) de part à la retraite est de 60 ans pour les hommes et de 50 ans pour les femmes (sauf fonctionnaires). Dans les pays nordiques, cet âge légal est de 61 ans en Suède, 62 ans en Norvège et 63 ans en Finlande. Et en allant plus loin, l’âge légal de départ à la retraite reste fixé aux alentours de 60 ans en Algérie, en Biélorussie, en Ukraine, au Pakistan, au Vietnam, en Inde ou en Russie …

S’appuyer sur les régimes de retraite en vigueur dans les autres pays pour décider de notre avenir est révélateur de notre renonciation à défendre une certainine indépendance et un modèle social français spécifique.

Laurent Izard

Ce que l’on oublie également, c’est que l’âge légal ne constitue qu’une pièce du puzzle: the convient aussi de s’intéresser à l’âge moyen réel de départ à la retraite dans les différents pays, qui peut s’éloigner sensiblement de l’âge légal: par exemple, en Italie, l’âge moyen de départ à la retraite est inférieur à 62 ans, soit plus de 5 années avant l’âge légal… Tout dépend en fait des modalités de décote des départs anticipés, du montant des pensions et des multiples dérogations à l’âge légal qui existent dans de nombreux pays.

On le voit, the comparisons internationales sont en fait plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Et s’appuyer sur les régimes de retraite en vigueur dans les autres pays pour décider de notre avenir est révélateur de notre renonciation à défendre une certainine indépendance et un modèle social français spécifique.

Other central question: on le sait, le taux d’emploi des séniors est nettement plus faible que celui de l’ensemble de la population active: à peine plus de 30% des 60-64 ans occupent un emploi. On peut facilement expliquer ce décalage par le fait que les séniors, plus difficilement employables, sont davantage découragés et ne s’inscrivent donc plus à Pôle emploi.

Et pourtant, tout ou presque a été fait pour inciter les séniors à travailler plus longtemps: suppression des dispositifs de préretraite, report de l’âge légal de 60 à 62 ans en 2010, projets de réforme des retraites incitant à travailler plus longtemps, etc. La dispense de recherche d’emploi dont bénéficiaient certains séniors au chômage, âgés de 57 ans et plus, a été supprimée le 1er janvier 2012 conformément à l’objectif gouvernemental de « put a terme aux dispositifs participant à écarter les salariés séniors du marché du travail “.

Et pour favoriser le retour à l’emploi des plus de 50 ans, le gouvernement Valls a lancé le “Plan senior”, dévoilé à l’occasion de la grande conférence sociale de juillet 2014, qui vise en particulier à lutter contre les freins au recrutement et au maintien en emploi des seniors. De fait, les Français sont censés rester plus longtemps en activité.

The premier effet mécanique de la réforme envisaged evening of transformer des dizaines de milliers de potentiels retraités en vrais chômeurs.

Laurent Izard

En accentuant ce processus, une éventuelle mise en œuvre de la réforme des retraites proposed by Emmanuel Macron risquerait de contrarier un peu plus une loi biologique incontournable: avec le temps, le corps comme le cerveau vieillissent et il est donc déraisonnable dell’Iposer un ” âge de départ à la retraite pour tous »trop tardif. Qui accepterait de se faire opérer par unirurgien dont les mains tremblent et dont la vue baisse, mais qui doit continuer à pratiquer pour attindre le nombre de trimestres de travail requis (the future loi “santé” envisage pour eux un âge confine à 72 ans avec de possibles prolongations d’activité!)? Jusqu’à quel âge un enseignant dispose-t-il de suffisamment d’énergie pour une classe de 35 élèves turbulents (une note de la Région académique Île-de-France diffusée en juin 2021 envisage l’hypothèse d’une prolongation d ‘activité au-delà de 72 ans…)? Est-il raisonnable d’exercer un métier physique (couvreur, pompier…) passé un certain âge? On le voit, le projet de réforme pose de façon aiguë la question d’un âge légal unique de départ à la retraite. Cette question reste taboue en France, notamment en raison du fort attachement à ce prince d’une majorité de syndicats.

Et pour celles et ceux qui quittent tardivement leur emploi, volontairement ou non, the probabilité d’en retrouver un autre s’avère particulièrement faible. Ainsi, même si cela n’est pas toujours visible dans les statistiques officielles, a cadre (ou un ouvrier) de plus de 50 ans à la recherche d’un emploi part avec un sérieux handicap et le recul programmé de l’âge de la retraite ne va pas améliorer sa situation. The premier effet mécanique de la réforme envisaged evening of transformer des dizaines de milliers de potentiels retraités en vrais chômeurs…

Autre élément du débat trop souvent occulté: les jeunes constituent les premières victimes du chômage qui altère leur entrée sur le marché du travail, mais également leurs rémunérations et perspectives de carrière. Le taux de chômage des jeunes actifs est deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population française (selon the Insee, the watertight depuis des années between 20 and 25%). En fait, la tranche d’âge des 16-25 ans constitue une variable d’ajustement en cas de crise ou de choc externe. Elle subit prioritairement tous les aléas de l’activité économique et l’analyse empirique montre effectivement que le chômage des jeunes explose après chaque crise internationale. La crise sanitaire de 2020 en a apporté une nouvelle illustration: stages annulés ou introuvables, offres d’emploi en chute libre, contrats courts non renouvelés, débuts de carrière amputés, salaires d’embauche révisés à la baisse, etc.

Et lorsqu’un jeune obtient un emploi, il ya une forte probabilité que ce soit un contrat à durée déterminée: selon le ministère du Travail, la part des CDD dans les flux d’embauches est passée de 76% en 1993 à 87% en 2017. Et 30% de ces CDD ne durent qu’une seule journée! Pour le Céreq, «cette nouvelle “norms” of recruitment n’est pas sans effets sur les possibilités effectives de stabilization à moyen terme des jeunes dans l’emploi. Elle peut constituer pour certain · es un tremplin vers une carrière, mais pour d’autres une trappe à précarité.

Dans une étude publiée le 7 février 2020, la Dares admet qu’en 2018, 963 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans n’étaient ni en études, ni en emploi, ni en formation – Not in Education, Employment or Training (NEET ) -, according to Eurostat’s definition. Or cette définition conduit à minorer l’ampleur du phénomène. Car en y incluant les jeunes jusqu’à 29 ans, le nombre de NEETS en France avoisine plutôt les 1,7 million de personnes!

Résumons: d’un côté, une majorité de séniors qui désirent partir plus tôt à la retraite, l’âge idéal souhaité selon un récent sondage se situant autour de 58 ans. De l’Autre une multitude de jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail. Même s’il n’existe pas de relation mécaniste entre les deux phénomènes, le simple bon sens ne serait-il pas de permre aux seniors qui le souhaitent de «libérer» un emploi qui pourrait être occupé par un jeune?

Ainsi, quand bien même il serait indispensable de “travailler davantage”, cela n’implique pas nécessairement que les Français déjà en activité doivent travailler plus longtemps: comme le remarque fort justement l’OCDE, “les Français qui travaillent le font autant que dans les autres pays de l’OCDE, mais ils sont moins souvent employés et travaillent aussi moins longtemps sur la durée de leur vie ce qui nuit à leur pouvoir d’achat pendant leur vie professionnelle comme au moment de leur retraite“.

Mais ce qui posed réellement problème, outre l’entrée tardive des jeunes dans le monde du travail, c’est avant tout le taux d’emploi total des Français. Ce ratio s’élevait à 65.5% since 2019, inférieur de trois points à la moyenne des pays de l’OCDE. Autrement dit, si nous parvenions à réduire significantement le chômage, et en particulier le chômage des jeunes, il ne serait plus nécessaire d’ugmenter l’âge de départ à la retraite.

On le voit, reculer l’âge de la retraite résulte d’un choix politique plus que d’une obligation comptable ou financière.

Laurent Izard

Other aspect of the question, despite the persistence of the chômage de masse, nous améliorons chaque année notre productivité du travail. Selon les scénarios les plus pessimistes, the productivité horaire du travail dans notre pays pourrait désormais tourner autour de 1% par an, ce qui est beaucoup plus rapide que l’évolution de l’Espérance de vie. Bref, will the croissance de notre productivité ne pourrait-elle pas compensate the allongement of the espérance de vie? On le voit, reculer l’âge de la retraite résulte d’un choix politique plus que d’une obligation comptable ou financière. A constat partagé par le Conseil d’orientation des retraites (COR) qui écrit dans son dernier rapport que malgré le vieillissement de la population française, et sans réforme d’envergure, “the evolution of the part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon 2070“.

Dans l’idea, chaque individu devrait pouvoir choisir ses temps de travail et la date de son départ à la retraite (avec un système de décote soutenable), compte tenu de sa situation personnelle, de son appétence professionnelle et de ses besoins financiers. Et, at minimum, chaque nation devrait pouvoir déterminer démocratiquement la durée du travail souhaitée en arbitrant between the temps de travail (création de richesses) and le temps libre disponible (loisirs, repos, famille, culture…). The s’agit d’un enjeu politique et d’un choix de société qui devrait donner lieu à de vrais débats et à des decisions souveraines.

The globalization nous interdit. In effect, dans une économie ouverte, sans mécanismes d’ajustement, the convient de rester en permanence compétitifs et de nous aligner peu ou prou sur la durée du travail pratiquée dans les pays concurrents. Des écarts sont évidemment possibles, ma prix à payer peut être élevé (perte de compétitivité, chômage…). Le différentiel de coût du travail constitue un obstacle difficilement surmontable, et à moins de bouleverser nos relations économiques avec le reste du monde, nous sommes contraints de suivre les pratiques des économies dominantes: États-Unis, Chine ou Japon… pour lesquellesie un équilibre entre-temps de travail et temps libre ne constitue pas une priorité… ni même un objectif de second rang.

La contrainte internationale ne doit toutefois pas conduire à occulter le débat sur avenir de notre système de retraite, bien au contraire … Car repousser de trois années l’âge légal de départ à la retraite revient à contraindre de nombreux Français à vivre les trois années les plus difficulties de leur vie professionnelle et à se priver des trois plus belles années de leur retraite.

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